
Le fil cracheur de venin
Le fil cracheur de venin
Parce que j’ai débuté ce modeste projet de recueil, j’en dessine ici vaguement les contours.
Le fil au corps
L’unidimensionnel comme droiture
Sans âme admise si courbure
Mais au rythme des battements
Du cœurs et autres instruments
On m’a tordu
Une fois sans plus
Les efforts de redressement
Sont réduits à néant
En souvenir d’un calme plat
J’ondule, ce regard ingrat.
La deuxième dimension stigmatisée
À aimer, des angles variés envenimés
Par la chute d’une mono dimension
Déchue, en perdition.
Relier la lampe
Lumière au chevet
L’âme coincée sous le poids des lectures
On m’a blessé la gaine que je revêts
Béante fracture
Accusant mes petites décharges
On m’a colmaté d’un adhésif
Un coriace tissu cicatriciel
Indolore et rêche devant l’éternel
Aveugle, j’illumine le décisif
Vision opaque, toujours en marge
Fil de femmes tranchantes
Je suis d’une lignée de femmes fières
Un fil tendu sous le poids des réverbères
Qui, la nuit, sur leurs secrets jettent lumière
Lèvre mordues, regards discrets, dessert de pierres.
Aux angles acérés et tranchant
Qu’elles croquent avec dégoût
À l’intérieur, dépècent tout
Pelletés de sable entre les joues.
Rallonge
Je suis de la rallonge
La section rompue
Je suis, à force de torsion
Plaie ouverte sur tronçon
Fracture d’y avoir déposé
Pour un temps puis oublié
De petites lourdeurs conjuguées
Atlas grogne, en détresse
Au rythme des flammèches
Qui jaillissent de ma brèche.
Je ne transmets dorénavant
Plus l’avant au suivant
Point mort sur ma vie
J’éteins tout le circuit
J’ai ajouté une dimension
La deuxième.
Un monde deux fois courbé
Un univers où l’on sème
La courbe des graines
Un monde où l’on s’aime
À courir dans le blé arrondi par le vent.
Tronçon mutilé
Je suis le tronçon tailladé
Que Fido a mâchouillé
Je transmets mal l’avant
L’après me blâme de ses tourments
J’entends les ciseaux d’aiguiser
À la meule du bricoleur apprenti
Clac sur la tête, clip sous les pieds
Pour rabouter les extrémités
Je ne suis qu’un déchet
Qu’une imperfection mutilée
Une usure saturée
Entre l’avant et l’après.
Fibre végétale
Je suis une planche de bois
Le chaînon faible d’une forêt promise
Enracinée au plus profond de toi
Au son de la chainsaw, je suis restée assise
Je suis sur le plancher sur le dos duquel
On s’éreinte et on hisse des nacelles
Sans hélium ni air chaud
Me caressant du poids des paquebots
Il faut les pousser ou les tirer
Une technique sans jamais soulever
Pourquoi combattre la gravité
Le contracteur assure que je sais encaisser
Lourdeurs remuées un long moment
Sans pour autant alléger le poids du tourment
Ma lignine meurtrie, des sillons se creusent
Ride de tout sauf peut-être de joies heureuses
De toute part je suis égratignée
Je saigne de la sève qu’on m’a exposée
On me charcute à coup de pieds non coussinés
De la cohue du temps, dentelle forcée